Mesdames et Messieurs,
Je vous remercie d’avoir répondu à notre invitation pour cette traditionnelle réunion des vœux. J’ai entendu dire que vous aviez été privés des vœux de l’autre côté de la Seine cette année. C’est bien volontiers que nous vous ouvrons grand les portes de Solférino !
Je salue aussi ceux qui sont devant leur télévision ainsi que tous les internautes.
Je vous souhaite en mon nom et au nom du Parti Socialiste, nos vœux les meilleurs pour 2010.
2009 a été une année rude pour les médias, souvent critiqués et remis en cause par ceux qui nous gouvernent. Une presse forte, libre, critique est indispensable pour la démocratie. Nous savons que ce n’est pas toujours facile, particulièrement en ce moment, d’être journaliste. Nous n’oublions jamais les contraintes qui pèsent sur vous. Si nous manifestons parfois notre impatience, c’est que notre attente à votre égard est à la hauteur de l’importance que nous accordons au rôle des médias dans notre démocratie. Les problèmes sont de plus en plus complexes, les informations multiples. Il faut que les Français pour devenir pleinement citoyens, soient bien informés. Ce n’est pas facile.
Puisse 2010 être propice à la liberté des médias et à des contrepouvoirs efficaces. J’en forme le vœu, mais je ne vous cache pas que je nourris des inquiétudes
. Je voudrais dire aux journalistes de RFI, que nous les soutenons dans leur action pour défendre le rayonnement de l’information de la France dans le monde, tout comme nous soutenons les journalistes de l’AFP qui se battent pour l’indépendance de l’agence mais aussi ceux de France 3 qui se mobilisent notamment pour préserver le réseau régional de la chaine.
Je veux dire au-delà, notre soutien aux journalistes, rédacteurs, journalistes-photographes, des plus débutants aux plus chevronnés, qui vivent avec l’angoisse du CDD, de la pige, de l’intérim. On le sait trop peu, le journalisme reste un métier précaire pour beaucoupet cette fragilisation sur le plan social des journalistes rend d’autant plus nécessaire d’apporter, par la loi, aux équipes rédactionnelles la garantie de leur indépendance vis-à-vis des pouvoirs économiques : c’est l’objectif de la proposition de loi que le groupe socialiste à l’Assemblée nationale vient d’élaborer.
Je veux aussi penser à tous les journalistes qui, parfois au péril de leur vie -76 journalistes tués et 573 journalistes arrêtés en 2009- font tout simplement vivre notre démocratie en exerçant leur métier dans les endroits les plus dangereux. Souhaitons à cet égard que les deux reporters de France 3 et leurs accompagnateurs détenus en Afghanistan soient libérés le plus rapidement possible. Nous soutenons les efforts entrepris par Paul Nahon et par le gouvernement pour obtenir leur libération rapide.
Il y a eu les difficultés, mais aussi des bonnes nouvelles. Je ne peux pas tous les citer mais je dis bravo à tous ceux d’entre vous qui nous ont concocté des nouvelles formules et maquettes de journaux, à Libération, au Figaro, au Monde et à l’Humanité, des nouvelles formules de matinales radios ou télés, au net et à ses sites d’information qui cette année encore ont séduit des millions de Français pour leur pertinence, qui ont parfois créé le « buzz » notamment par les vidéos qu’ils postent ! Dans les bonnes nouvelles et sur un autre terrain, il y a aussi eu la décision du CSA de compter le temps de parole présidentiel au même titre que celui du gouvernement, je veux ici saluer la détermination des parlementaires qui ont permis ce résultat.
Et puis je voudrais aussi saluer tous les correspondants basés à Paris, correspondants régionaux bien sûr, mais aussi internationaux, correspondants de la presse étrangère, qui portent la voix de la France dans tous les pays, et qui mieux que quiconque se rendent compte combien la politique menée par Nicolas Sarkozy est critiquée à l’étranger, le symbole étant la tentative de nomination de Jean Sarkozy à l’EPAD.
Et puis, de manière plus personnelle, je veux souhaiter à chacun d’entre vous mes meilleurs vœux de bonheur pour 2010. J’ai en ce début d’année, une pensée toute particulière pour chacun de ceux qui ont connu des drames personnels et familiaux en 2009. A tous, je veux vous souhaiter pour 2010 des petites et grandes joies ainsi qu’à ceux qui vous sont proches.
***
En ce début janvier, nous ne changeons pas seulement d’année mais aussi de décennie. Il n’est pas inutile de s’arrêter un instant sur celle qui s’achève, les années 2000.
La dernière décennie aura été celle de
toutes les dégradations.
- Nous avons vécu
la montée des inégalités et la précarisation des classes moyennes et des couches populaires. Isolés, dissociés, pressurés par l’exigence de rendements excessifs, les travailleurs par-delà leurs différences de statut, de niveau de qualification ou de secteur d’activité sont confrontés à un même mouvement : moins de sécurité, moins d’emploi, moins de pouvoir d’achat et plus de stress. Le gel de la feuille de paye, son amputation par les taxes comme par le coût de la vie, n’en sont pas les seuls éléments. Depuis plusieurs semaines, je rencontre des Français qui me disent couper leur chauffage malgré les intempéries tant ils craignent de ne pouvoir payer la facture en fin de mois. De plus en plus d’entre eux renoncent à se soigner. Près d’un salarié sur deux en France se déclare par ailleurs stressé dans sa vie professionnelle. Les suicides de France Télécom ont été à cet égard représentatifs d’un mouvement plus général. Les inégalités se creusent, inégalités de revenus, inégalités d’accès aux droits, inégalités des chances.
- Autre évolution qui s’est déployée sous nos yeux à la vitesse de l’éclair :
celle dela mondialisation financière. Notre économie est déstabilisée par la financiarisation libérale associée à l’émergence des émergents, l’Inde, le Brésil et la Chine dont on vient d’apprendre qu’elle est devenue le premier exportateur mondial en 2009. L’Europe et son modèle social sont ébranlés ce double mouvement.
- Enfin, l’accélération du réchauffement climatique – qui n’est pas évident ces jours-ci en France, je vous l’accorde – représente un défi auquel nous n’avons pas su répondre. A l’espoir du Grenelle de l’Environnement a succédé la grande déception Copenhague et du fiasco de la taxe verte Sarkozy.
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Précarisation et déclassement social, mondialisation financière et désindustrialisation, péril climatique : voilà le cocktail détonnant qui nous a été légué par les années 2000.
Voilà le cocktail qui a mené le monde à la crise de 2009, l’une des plus violentes qu’il ait connue.
Voilà pourquoi je suis profondément convaincue que nous ne vivons pas seulement une crise de plus, mais l’effondrement d’un système.
Malheureusement, aucune leçon n’a été tirée de la crise. Déjà, après le 11 septembre 2001, nous pensions que le monde réfléchirait à mieux répartir les richesses entre le Nord et le Sud pour éviter la pauvreté et l’humiliation d’une partie du monde. Nous n’avons eu que le choc des civilisations porté par Georges Bush avec les conséquences que nous n’avons pas fini de payer. Aujourd’hui, malgré les annonces, les G20, les discours, le monde financier continue à régner sur le monde et à contraindre l’économie.
Aussi le vœu que je forme pour 2010 est que cette année apporte les prémisses d’un nouveau monde.
* * *
Malheureusement, on ne peut pas dire que ceux qui gouvernement en France contribuent à l’invention de ce nouveau monde, c’est un euphémisme.
La place et le message de la France dans le monde ont été brouillés par Nicolas Sarkozy.
La voix de la France dans le monde porte moins, car elle a perdu toute spécificité sans gagner en efficacité.
- Ainsi notre diplomatie a semblé rechercher davantage
la mise en valeur du Président de la République que la valeur des résultats obtenus. Sommet du G20, Union pour la Méditerranée, Copenhague : Nicolas Sarkozy s’agite beaucoup, prétend au leadership, joue solo, et à chaque fois, la déception est au rendez-vous.
- En réalité,
Nicolas Sarkozy donne l’impression d’être sans cap dans un monde qu’il n’avait pas prévu et qui s’est imposé à lui. Il a cru que la chute du mur de Berlin ouvrait la voie à la domination du monde libéral. Il a rompu avec la politique d’indépendance qui a été celle de la France, de De Gaulle à François Mitterrand. Il a tenu à Dakar un discours sur l’Afrique marquant à la fois de l’ignorance et de la suffisance, qui ne nous a pas été pardonnée. La France a perdu en marges de manœuvre. Elle a abîmé son image auprès de nombreux pays.
-
Nous avons perdu notre influence et nous n’avons gagné qu’une fâcheuse réputation de partenaire inconséquent. Quelles vont être les décisions annoncées sur la présence de la France en Afghanistan dans quelques jours alors même que nous n’avons aucun débat dans notre pays sur la raison de notre présence et les missions fixées, et que nous déplorons depuis hier un 37ème décès de soldat français dont je veux saluer la mémoire? Quelles sont les propositions françaises pour le Pakistan? Où allons-nous en Iran? Comment allons –nous relancer le débat sur l’effet de serre après l’échec de Copenhague? Autant de questions sans réponse car le Président ne sait pas où il va.
- J’ajoute que la France a tort de ne développer qu’une alliance privilégiée avec l’Allemagne –et encore, quand cela l’arrange- et de négliger nos autres partenaires européens. L’alliance France-Allemagne est une condition nécessaire mais pas suffisante pour faire avancer l’Europe. C’est maintenant qu’il faudrait tendre la main à la Pologne, à l’Espagne, à l’Angleterre. C’est à cet instant qu’il faudrait être imaginatif. Nicolas Sarkozy, c’est le Traité de Lisbonne et puis rien. José Luis Zapatero nouveau Président de la Présidence tournante se propose de sortir l’Europe de la crise. Que propose la France ? Les socialistes, le Parti Socialiste Européen ont fait des propositions à Prague le mois dernier. Où sont celles du gouvernement ?
Si j’ai voulu d’abord parler de l’international, c’est parce que c’est là que se révèle le sarkozysme tel qu’en lui-même. Une fois dissipée l’illusion entretenue par l’apparent volontarisme, il ne reste pas grand-chose permettant à la France d’influer sur le monde.
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Oui, le sarkozysme est en échec.
Sur la scène internationale comme au plan intérieur.
Je ne vais pas ici en dresser la liste. Je pourrais parler de la crise que nous avons moins bien affrontée que d’autres, de l’insécurité qui progresse, du pouvoir d’achat qui régresse, des inégalités qui s’accroissent, de l’avenir que n’est pas préparé…
Je veux plutôt revenir un instant sur les causes.
- La principale réside dans la poursuite, derrière les mots, d’une politique des années 2000, libérale et nationale, là où il aurait fallu une politique sociale et européenne.
- Et puis comment ne pas parler des maladresses voire des fautes dans la conduite des affaires du pays ? Vous l’avez largement commentée ces derniers temps, à propos de la loi Hadopi, de la taxe carbone ou de Copenhague. Gouverner, c’est aussi l’art d’exécuter. Le Président de la République a montré ses limites en la matière, lui qui pourtant voulait incarner la culture du résultat.
-Je vois enfin dans ces échecs répétés une conséquence directe de la pratique du pouvoir par Nicolas Sarkozy
. C’est l’un des enseignements de 2009 : l’hyper-présidence ne rime pas avec hyper-efficacité.Pour être bien gouverné, notre pays a besoin d’un parlement respecté, d’une société civile et de partenaires sociaux écoutés et d’une opposition considérée. Bref du fonctionnement de notre démocratie.
Je veux m’arrêter un instant sur ce dernier point. Avec le recul, je crois que les choses iraient moins mal si le gouvernement avait écouté un peu plus son opposition.
Il ne s’agit pas pour moi de dire que nous avons toujours raison sur tout. Il faut beaucoup d’humilité pour affronter les difficiles défis auxquels nous sommes confrontés. Mais tout de même :
- N’avons pas eu raison de proposer un autre plan de relance, plus efficace sur l’investissement et plus puissant sur le soutien au pouvoir d’achat ? Les pays qui se sont engagés dans la voie que nous préconisions, ont mieux résisté à la crise. Je pense à l’Allemagne. Avant la crise, nous avions le même taux de chômage (7,4% en juillet 2008). Aujourd’hui il dépasse les 10% en France (10,1%) alors qu’il est resté quasiment stable en Allemagne (7,6%). Et ne croyons pas l’affaire réglée pour l’avenir : les conjoncturistes redoutent en France une défaillance de la demande et annoncent plusieurs centaines de milliers de chômeurs supplémentaires dans les mois qui viennent.
- N’avons nous pas été dans notre rôle lorsque nous avons demandé l’entrée de l’Etat au capital des banques, quand on voit les difficultés d’accès au crédit des PME malgré les milliards déversés - heureusement, nos régions ont été là pour les accompagner- ; et aujourd’hui, je le dis, nous devrions plutôt taxer les banques comme nous l’avions proposé et comme s’apprête à le faire Barack Obama, ou à taxer fortement et durablement les bonus pour qu’il n’y ait pas de contournement ?
- Avons-nous eu tort, avec notre printemps des libertés, de dénoncer le recul des libertés dans notre pays, avec les attaques contre la justice, contre l’indépendance des médias, contre la séparation des pouvoirs, contre les collectivités locales ? Et je crois que nous étions encore loin de la réalité que nous vivons aujourd’hui. Peut-être avons-nous eu raison trop tôt. Quand on défend les libertés, on ne se demande pas si cela va plaire ou pas à l’opinion : on s’engage dans le combat.
- N’avons-nous pas été dans notre rôle lorsque nous nous sommes inquiétés de la poursuite de la dérégulation agricole, quand on voit l’ampleur de la crise laitière la baisse massive du revenu agricole (-34%) ? Lorsque nous avons dénoncé la taxe carbone comme un impôt inefficace et injuste, ni écologique ni social, quand on voit la décision du Conseil Constitutionnel qui reprend intégralement notre argumentaire ? Quand nous avons exigé l’allongement de la durée de d’indemnisation pour les chômeurs
, alors qu’en 2010, un million de chômeurs vont se retrouver en fin de droits ?C’était déjà une nécessité en 2009, c’est aujourd’hui une urgence. Nous rencontrerons dans les jours qui viennent les organisations syndicales pour réfléchir avec elles aux voies et moyens pour y parvenir, mais également pour échanger sur les propositions que nous avons faites en décembre pour lutter contre la souffrance au travail et améliorer les conditions de travail. Nous déposerons une proposition de loi sur la souffrance au travail et la couverture chômage à l’issue de ces consultations.
- Avons-nous eu tort enfin de dénoncer dès le premier instant le débat sur l’identité nationale conçu par Nicolas Sarkozy comme un dérivatif pour ne pas parler de son bilan économique et social? Les Français l’ont bien compris et n’ont pas accepté que l’on souhaite leur faire peur et les opposer à ceux qui viennent d’ailleurs.
Alors oui, quand je regarde cette année passée, je me dis que nous avons souvent vu juste. Nous sommes dans notre rôle lorsque nous dénonçons ce qui ne va pas et quand nous disons ce que notre pays devrait faire.
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Et nous allons continuer à dire ce que nous avons à dire.
Permettez-moi auparavant de vous donner un sentiment très personnel. Dans mon tour de France -que beaucoup d’entre vous ont suivi-, j’ai été frappée par cette France à double visage à la fois pleine de colère et d’angoisse, mais aussi pleine d’énergie et d’allant.
Il y a de l’angoisse et de la colère dans les entreprises, et je veux ici avoir une pensée pour les Conti qui sont à nouveau devant les tribunaux demain… Il y a de l’angoisse et de la colère chez les jeunes…
Il y a de l’angoisse et de la colère dans les banlieues… Ce n’est pas parce qu’on a remis le couvercle sur la marmite que celle-ci ne bout pas. Aucune promesse n’a été tenue après les violences urbaines. Les associations sont aujourd’hui étranglées. Et le plan Fadela Amara est un désastre. Pour cacher cela, elle préfère se lancer dans une rhétorique sarkozyenne en nous parlant dimanche de « nettoyage au karcher ».
Mais la colère, c’est l’inverse de la résignation, c’est une volonté contenue. Et de la volonté, du talent, de l’envie, notre pays en est tout autant rempli. Notre pays a beaucoup d’atouts et ce que l’on peut reprocher à Nicolas Sarkozy plus que tout, c’est de ne pas les mobiliser.
Je ne vais pas en dresser ici la liste. Mais je veux tout de même ici tirer la sonnette d’alarme sur la situation des jeunes. C’est une question qui me préoccupe particulièrement.
Education, formation, apprentissage : tout doit être fait pour permettre l’entrée dans la vie active. Nous nous y attachons dans nos régions et c’est un axe majeur de notre projet. Mais il faut aussi agir au niveau national.
Je demande solennellement au gouvernement de réactiver les emplois-jeunes. Leur efficacité est reconnue par les élus de tout bord. Ne pas vouloir y recourir aujourd’hui, c’est refuser l’assistance à une génération en danger.
Pour les jeunes, je veux aussi lancer un grand chantier que nous porterons : la lutte contre les discriminations. C’est un domaine dans lequel nous voulons agir sans attendre 2012. Nous allons le faire en mobilisant les collectivités locales dirigées par les socialistes. Nous proposerons des accords avec les professions concernées, nous encouragerons l’action pour l’emploi, pour le logement, pour l’éducation. Dans chaque région que nous dirigeons, nous allons mettre en place une mission régionale anti-discriminations ; et au plan national, une équipe coordonnera toutes ces actions.
* * *
D’autres menaces s’annoncent pour 2010.
- Il y a une première grande question. Qui va payer le prix de la crise ?
Le gouvernement ne dévoile pas ses cartes, mais ses intentions sont pourtant claires. Les hauts revenus n’ont rien à craindre : il a posé tous les verrous pour qu’ils soient épargnés. Bouclier fiscal, exonération sans limite des droits de successions, clémence fiscale pour les capitaux placés à l’étranger, niches fiscales pour échapper à l’impôt sur le revenu : tout a été fait pour que les plus riches ne paient jamais plus, ni aujourd’hui, ni demain. La promesse de Nicolas Sarkozy a été réitérée à l’hôtel Bristol devant les grands patrons.
Et si les riches ne paient pas, cela veut dire que ce sont les couches moyennes et populaires qui paieront ce prix. Cela a déjà commencé avec le scandaleux quasi gel du SMIC (+0,5%) alors qu’il aurait fallu donner le « la » des augmentations salariales en lui donnant un bon coup de pouce. Cela dans un contexte de hausse de nombreuses dépenses des ménages, je pense à l’énergie, à la santé. L’augmentation du forfait hospitalier de 16 à 18 euros qui est intervenue au premier janvier s’ajoute à la longue liste des déremboursements et franchises médicales en tous genres qui ont augmenter les dépenses santé de plus de 50% depuis 2002. Plus de 40% des Français retardent désormais leurs soins pour des raisons financières. C’est une régression sans précédent. Nous demandons au gouvernement de renoncer à la hausse du forfait hospitalier ; et pour les financer, qu’il se tourne vers les laboratoires pharmaceutiques qui ont bien profité financièrement de la grippe A, en l’absence d’efforts demandés à ceux-ci.
Les Français savent aussi qu’ils doivent s’attendre à de
nouvelles taxes pour financer les déficits. La taxe carbone Sarkozy était injuste, la nouvelle taxe carbone le sera encore plus ; sinon, pourquoi ne serait-elle mise en œuvre qu’après les élections régionales ?
Mais c’est sans doute sur les retraites que pèsent les plus grands risques. C’est le grand rendez-vous social de 2010. Je veux dire aux Français que nous serons là pour défendre leurs retraites. Nous ferons des propositions notamment dans une des grandes conventions dont je vous parlerai dans quelques instants. Les Français sont prêts à des efforts mais demandent des mesures justes et s’attachant à l’essentiel. L’essentiel, c’est la sauvegarde du système par répartition et la garantie à chacun d’un niveau de retraite permettant de vivre correctement. La justice, c’est de répartir les efforts équitablement -pas faire peser l’ensemble de l’effort sur l’augmentation de l’âge de la retraite- et surtout de prendre en compte la pénibilité du travail. Mais au-delà de ces principes que nous avons toujours défendus, nous voulons aborder la question des retraites de manière totalement nouvelle, en

repensant totalement l’organisation des temps tout au long de la vie : études, travail, retraite, temps personnel. Nous voulons refaire de l’allongement de l’espérance de vie, une espérance précisément et non plus une difficulté pour la société. Nous voulons des protections collectives, mais nous voulons aussi laisser la place aux choix individuels.
*
Au-delà des questions sociales, de lourdes inquiétudes pèsent devant certaines lois en préparation sont de
nature à porter de rudes coups aux fondements de notre République.
- Je pense à la justice, avec le projet de suppression du juge d’instruction. Avec cette réforme, Nicolas Sarkozy va placer toutes les enquêtes sous l’autorité du parquet, c’est-à-dire sous l’autorité du Ministre de la justice. Ce serait un recul sans précédent des
- Je pense à l’organisation territoriale de la France et aux services publics. 2010 sera marquée par de nouvelles réductions de postes dans l’éducation, dans la police, dans la gendarmerie, dans la justice en vertu de la règle absurde de non remplacement aveugle d’un fonctionnaire sur deux, justement dénoncée par Philippe Seguin. Qu’on ne s’étonne pas des
difficultés dans l’éducation nationales, drames à répétition en matière de sécurité. Nous, nous n’utiliserons pas à des fins politiciennes les faits divers comme l’arrestation de Jean-Pierre Treiber après dix semaines de cavale ou la mort du jeune Hakim poignardé vendredi dans son lycée du Val-de-Marne. Mais qu’aurait-on dit si la gauche avait été au pouvoir ? Les syndicats ont raison de lier ces problèmes de sécurité à la réduction des moyens.
2010 sera marquée aussi en matière de services publics, par la voie ouverte à
privatisation de La Posteaprès son changement de statut. Après le vote définitif par l’Assemblée nationale aujourd’hui, nous continuerons de dénoncer les conséquences pour les territoires et pour les français.
Mais surtout nous aurons à affronter le désastreux projet sur les collectivités locales et sur le Grand Paris. Il va fragiliser considérablement les pouvoirs locaux dans notre pays, qui ont pourtant fait montre de leur efficacité, et fausser la démocratie locale en introduisant des modes d’élections dont le seul objet est de favoriser l’UMP. Nous nous y opposerons sans relâche. Jeudi prochain commencera la discussion à l’Assemblée nationale du premier volet du projet, la concordance de la fin des
mandats dans les conseils généraux et régionaux. Nous avons déposé 4800 amendements pour nous donner tout le temps d’expliquer aux Français la réalité de ce projet très grave.
- Enfin, comment ne pas être inquiets pour la cohésion nationale de notre pays ? Après l’identité nationale, c’est maintenant
le thème de la burqa qui sert de chiffon rouge pour stigmatiser et pour diviser. C’est une question qui doit être traitée avec sérieux – nous nous sommes prononcés la semaine dernière après un débat de grande qualité. Nous combattons avec force le port voile intégral, mais nous pensons qu’il faut le faire en s’appuyant sur les principes et les moyens de la République plutôt qu’avec une loi de circonstance qui serait inutile et inapplicable.
Maintenant, il faut aussi sortir des discours sur l’intégration des étrangers. Il faut agir. Nous allons déposer une proposition de loi sur le droit de vote des étrangers aux élections locales dans ce sens à l’Assemblée nationale, dès cet après-midi. Je dis au Président de la République : « faites la voter ! ». Ou alors cessez, à la veille de chaque élection, de dire que vous y êtes favorable pour ensuite nous expliquer au lendemain des élections que vous y avez renoncé parce que vos amis sont contre.
J’en profite pour rendre hommage au travail formidable mené par nos parlementaires. Ils sont sur le pont en permanence avec
efficacité. Les Français savent qu’ils peuvent compter sur eux comme ils peuvent compter sur les socialistes.
* * *
Beaucoup de Français n’attendent plus grand-chose du Président de la République et de son gouvernement. Il est de notre devoir de leur offrir un espoir en étant une force de proposition capable d’incarner une alternative.
Pour la gauche française, pour la gauche européenne aussi, 2010 sera une année-charnière.
A nous de relever le défi, et d’abord aux socialistes français de répondre présents !
Puisque la décennie qui s’achève a été celle de toutes les dégradations, celle qui s’ouvre doit être celle de toutes les renaissances.
Les années 2010 seront celles de la bataille pour le progrès retrouvé, redéfini et reconquis.
C’est en tout cas le fil d’Ariane qui nous animera durant les mois qui viennent et dont je souhaite vous parler.
*
En commençant par jeter toutes nos forces dans la bataille des régionales. Je l’ai dit à Tours, il y a un mois. Notre
ambition est d’emporter toutes les régions, les Français en ont besoin.
Cette élection est majeure. Pour nos concitoyens, l’action régionale des socialistes est un rempart et un moteur. Ils veulent des régions qui protègent, qui les accompagnent et qui innovent. C’est ce que nous leur proposons.
Les projets des équipes socialistes seront propres à l’identité et aux problématiques de chaque territoire, bien sûr.
Mais nous avons aussi souhaité proposer un « contrat socialiste » qui sera, si les Français nous renouvellent leur confiance, décliné dans l’ensemble des régions. Cela apportera ainsi un effet démultiplicateur aux mesures positives que nous voulons
prendre pour combattre la crise économique et sociale, soutenir les services publics, préparer l’avenir.
- Priorité au développement économique, à l’emploi et à la formation. La Région doit être un rempart à la désindustrialisation, un moteur à l’innovation technologique, un facilitateur de conversion économique des territoires. Toutes les aides publiques octroyées par les régions seront conditionnéesà l’emploi et remboursées en cas de non-respect des engagements pris. Nous continuerons à agir pour structurer des filières d’activité d’excellence, soutenir l’investissement et l’innovation
des PME. Nous jetterons les prémices de la Sécurité sociale professionnelle que nous demandons pour le pays en donnant la
possibilité pour les salariés menacés d’un licenciement de conserver son contrat de travail pendant une formation et donnant la possibilité à chacun de progresser professionnellement. C’est ce que nous avons appelé les contrats de continuité professionnelle, nous en prévoyons 200 000.
- Effort massif pour l’éducation et la jeunesse. Pour la gauche, l’accès au savoir doit être le premier budget, le premier sujet, le premier projet. Nous agirons pour la réussite de tous avec de nouveaux outils pédagogiques : cartables et tableaux numériques, logiciels, etc. Nous poursuivrons le vaste programme d’investissements et d’équipements scolaires. Autre ambition des socialistes : faire un premier pas pour l’autonomie des jeunes à travers un « pack autonomie », qui permettra de financer l’accès à une mutuelle, au permis de conduire et au logement, via un cautionnement locatif.
- Engagement clair pour l’environnement.Beaucoup a été fait et les premiers écologistes de France, écologistes faiseux et non diseux comme M. Sarkozy, ce sont les équipes socialistes et de gauche dans les collectivités territoriales en général et dans
les régions en particulier. Nous nous engageons à réduire nos production de gaz à effet de serre de 20% d’ici 2016.
- Coup de pouce au pouvoir d’achat. Il n’est pas dans la compétence propre des régions d’agir sur le pouvoir d’achat, mais nous y apporterons tout de même une contribution en aidant les ménages à alléger les charges de chauffage par des bâtiments
mieux isolés, à réduire le coût du trajet domicile-travail dans les trains express régionaux que nous plafonnerons à un euro par trajet, et par la gratuité des fournitures aux lycées et aux apprentis sous conditions de ressource.
Formation, éducation, pouvoir d’achat, emploi, environnement, mais aussi santé –notamment la lutte contre les déserts médicaux-, transports, infrastructures, logement –construire plus, plus social et plus durable -, démocratie :
face à l’épreuve gouvernementale, nous allons apporter la preuve régionale.
*
Oui, en 2010 nous voulons préparer l’avenir dans nos régions, mais aussi préparer l’alternative dans le pays.
Pour nous, 2010 devra être « l’an 1 » de la reconquête.
Comment ?
Par l’élaboration d’un projet politique fidèle à nos valeurs, mais adapté aux années 2010, aux défis collectifs, aux attentes
individuelles, aux réalités d’un monde incertain et instable.
Quand ?
En respectant les temps, en ne brûlant pas les étapes.
Les idées doivent précéder tout le reste : le contrat de législature, les alliances, les candidatures.
Pour nous socialistes, 2010 sera d’abord l’année du projet, du socle sur lequel nous bâtirons l’alternative au sarkozysme, même si, bien sûr, nous arrêterons les modalités de la rénovation notamment la procédure par laquelle nous désignerons en 2011 notre candidat à l’élection présidentielle.
- Se préparer, c’est rien moins qu’inventer un nouveau modèle de développement économique social et écologique. Ce sera l’objet de la Convention nationale qui est d’ores et déjà lancée et dont les conclusions seront débattues au printemps (29 mai). Nouveau modèle de développement économique social et écologique, chaque mot compte à mes yeux ! Nouveau, car personne ne se satisfera, ni dedans ni dehors, d’une pensée réchauffée. Modèle, parce qu’un catalogue de mesures techniques,
aussi solides fussent-elles, ne saurait inscrire dans les faits l’offensive de civilisation que nous appelons de nos vœux. Développement parce qu’il s’agit encore et toujours de progrès humain. Economique, parce que sans économie réelle et sans une production adaptée aux besoins, pas d’amélioration pour les hommes. Social et écologique, car tel est l’horizon que nous assignons, nous socialistes français, à la social-démocratie du 21ème siècle : capital, travail, nature, les compromis qui fondent le contrat social doivent désormais faire la synthèse de ces trois facteurs. La tâche est exaltante. Combien de générations ont-
elles eu la chance d’avoir à construire un nouveau paradigme ?
- Nous tiendrons une grande convention sur les grands enjeux internationaux, la première sur ce sujet depuis 1980. Nous y aborderons toutes les questions diplomatiques, commerciales, financières, économiques, politiques. Un grand parti
comme le Parti socialiste doit avoir une pensée et un discours clair sur l’international, la mondialisation, les rapports Nord-Sud au cœur duquel se situe le projet européen sur lequel nous travaillons avec nos amis du Parti Socialiste Européen.
- Une troisième convention thématique portera sur l’égalité réelle. Nous y arrêterons nos orientations pour l’éducation, la formation tout au long de la vie, l’entrée dans la vie active, l’autonomie, les retraites, la dépendance. Nous proposerons nos
réponses face aux enjeux de l’allongement de la vie, de la place des jeunes dans la société et de l’articulation entre les temps de
travail, de loisir et de formation. Et nous montrerons comment les socialistes peuvent à nouveau porter l’espoir de l’égalité réelle, effective, pour tous.
- Au-delà de ces trois grands rendez-vous, nous lancerons dans les jours qui viennent le « Forum des Idées ». Il se
déclinera en plusieurs initiatives – pilotée par un ou plusieurs responsables politiques, entourés bien sûr de nos secrétaires nationaux mais aussi de personnalités de la société civile. Quelques exemples :
- « La ville du XXIe siècle »
- « Autorité et citoyenneté »
- « Vers une 6ème république »
- « L’important, c’est la santé ! »
- « Lutte contre les discriminations »
- « Des assises pour la culture »« Agriculture et territoires »
« L’université et la recherche du futur»
*
- Se préparer, c’est aussi transformer l’essai de la rénovation qui a été réussi le 1er octobre dernier avec le oui massif au référendum militant.
L’une des données des sociétés démocratiques et individualistes, c’est l’affaiblissement des pratiques militantes dans les partis, les syndicats, les associations, et le développement d’une vision utilitaire, consumériste, de l’engagement citoyen. C’est donc à stopper cette pente que nous devons nous, femmes et hommes de gauche, consacrer nos efforts. Nous le ferons en rénovant nos
pratiques – non-cumul, primaire ouverte, parité… – et aussi en inventant de nouvelles manières d’informer et de militer.
Aujourd’hui est une journée importante à ce titre, puisque nous lançons simultanément notre nouveau site internet, notre nouvel hebdo et notre nouveau réseau social – la coopol. Nous allons vous les présenter dans quelques instant dans la salle de presse qui sera profondément réaménagée pour vous permettre de travail dans des conditions optimales et même conviviales : pas loin du
bar !
*
- Se préparer en fin, c’est unir durablement la gauche. Ce que j’ai appelé la gauche solidaire. J’en profite pour souhaiter une bonne année à nos amis des forces de gauche.
La gauche est moins désunie qu’hier, mais moins unie qu’il serait nécessaire.
Elle est unie face à la droite. Elle est unie lorsqu’il faut faire signer une pétition sur la Poste. Elle est unie dans les collectivités
locales pour faire face aux offensives centralisatrices de l’État sarkozyste. Elle est unie pour refuser le débat électoraliste sur l’identité nationale.
Je souhaite qu’elle s’unisse pour passer à l’offensive.
Je souhaite l’union et les projets communs pour la gauche dans les mois à venir. Au moment où le Président de la République
s’essouffle et apparaît de plus en plus coupé de la réalité vécue par les Français, il serait incompréhensible que nous ne soyons pas au rendez-vous de l’Histoire avec toute la gauche.
Jusqu’au dépôt des listes début février, les élus socialistes tendront la main et ouvriront la porte au rassemblement. Ensuite, chacun prendra ses responsabilités devant les électeurs avant comme après le scrutin. Le rassemblement, qui a vocation, au
second tour, à s’élargir à toutes celles et tous ceux qui veulent des régions-remparts plutôt que des régions-ruptures, sera la boussole du Parti socialiste.
Rien ne nous détournera de cet impératif : le rassemblement de la gauche et des écologistes comme socle de l’alternative à l’impasse sarkozyste. En 2010 aux régionales, en 2011 aux cantonales et sénatoriales ou le changement de majorit
é est possible et en 2012 aux élections présidentielles et législatives.
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Mesdames et Messieurs,
Vous le voyez, l’année qui s’ouvre sera une année d’élections, de propositions, de préparation pour le Parti socialiste.
En 2009, les gens m’arrêtaient dans la rue et me disaient : « tenez bon, bon courage, c’est pas facile ». Depuis plusieurs semaines, ils me disent : « Continuez, il se passe quelque chose. On a confiance ». Alors oui on va continuer, collectivement. En 2010, on emprunte tous le même chemin ; ensemble, notre parole sera plus forte et plus écoutée.
Je souhaite qu’en ce début d’année, les socialistes portent un message fort, dans tout le pays, à tous les
Français. Un message d’espoir. Nous socialistes, nous n’ignorons rien de vos souffrances. Notre enthousiasme, notre solidarité, nos valeurs sont les meilleures réponses face à la situation actuelle de la France. Nous savons que vous avez envie d’autre chose. Nous voulons comme vous que la vie soit plus douce, plus rose.
2010 est l’année où nous disons : le moment est venu. Le moment est venu d’inventer un monde nouveau.Un monde

nouveau fondé sur la recherche du bien-être plutôt que du tout-avoir. Un monde juste. Un monde nouveau où l’altruisme supplante les égoïsmes. Un monde nouveau qui donne du temps au temps face à la tyrannie du court terme.
Voilà le vœu que je forme, en ce début d’année 2010, pour les Français et pour la France.
Et puis je dis aux Français qui m’écoutent : dans les périodes difficiles, il faut savoir se serrer les coudes. Regarder la part d’humanité que chacun porte en soi. Porter un autre regard sur tous ceux qui sont différents. Et garder à l’esprit une conviction forte : il n’y a pas de liberté sans égalité.
Albert Camus, qui nous a quittés il y a 50 ans, le disait mieux que quiconque, dans ses Carnets, en déclarant : « si l’homme échoue à concilier la justice et la liberté, alors il échoue à tout ».
Que cette citation éclaire cette année 2010.
Et à nouveau, bonne année à chacun d’entre vous.
Je vous remercie.